J'étais là, tu vOis. Lui,à cOté de mOi. On avait cinq ans a peine.On jOuait cOmme des enfants. Au dOcteur. Au dOcteur. J'étais là, je vOyais sur son cOrps, les plaies. Les marques, les bleus, j'en crOyais pas mes yeux. Mes yeux. Et lui qui m'disait "j'suis un dur! Tu vOis les brûlures, là, sur mes bras? J'les sens pas. J'les sens pas." J'étais là, j'ai rien dit. Et puis... il l'Ont emmener chez eux. Si j'y suis allée? Jamais. Jamais. J'étais là, cOmme lui. Mais jamais j'n'est pu y allé. On avait un ans de plus a peine. On était là dans l'appartement d'en face. Je l'aimais tant. Faut dire qu'il était beau. Mais ils m'le reprenaient tOus ltemps. Plus jamais j'n'est plus le revOir. Et j'étais là quand ma mère est venue me dire "C'est fini."... J'ai pleuré. J'ai pleuré. Je ne sais même pas si maintenant jpOurais arrété. J'ai pleuré. Oui, j'ai pleuré et je pleurerais tOujOurs autant que ses premières et dernières fOis. Puis j'ai recOmmencé à trainer dehOrs. DehOrs. J'étais là. A quinze ans à peine. J'étais là, en OctObre 80. Aprés la bOmbe, rue COpernic. Oui, j'étais à la manif. Avec tOus mes cOpains. J'étais là, c'est vrai qu'On n'y cOmprenait rien. Mais On trOuvait ça bien. Oui, j'étais là pOur aider. Pour le sida, les sans-papiers. J'ai chanté. Chanté. Sùr que j'étais là, pOur faire la fête. Et j'ai levé mOn verre. A ceux qui n'Ont plus rien . EncOre un verre. On y peut rien. J'étais là devant ma télé à 20h. J'ai vu le mOnde s'agiter. S'agiter. J'étais là. Je savais tOut de la Somalie. Du Bengladesh et du Rwanda. J'étais là. J'ai bien vu le sOrt que le nOrd réserve au sud. Bien cOmpris le mépris. J'étais là pOur cOmpter les mOrts. J'étais là. Et je n'ai rien fait. Et je n'ai rien fait. J'étais là. Et je n'ai rien fait. Je n'ai rien fait...